Projet « Ruines » : Exposition
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Salon De La BD Charvieu-Chavgneux » 2022 (France) le 27 mars !
Thème 2022 : « La Science-Fiction ».

Dans un univers de science-fiction, voyagez à travers des mondes disparus.
À traves un Cube de 2m³, vous pourrez découvrir les profondeurs de la planète Cruvire.

Pascal CASOLARI
Peintre

Emmanuel QUENTIN
Ecrivain

Emmanuel REGIS
Sonoriste

 

 

Pour un confort d'écoute optimal, il est fortement préconisé d'utiliser d'un casque audio ou des haut-parleurs :)

Avant de lancer l'ambiance sonore, arrêtez celle ci-dessus :)

 

Contre vents et marées
Emmanuel QUENTIN

     Vous voyez cette peinture ? Elle raconte une multitude d’histoires, des histoires qui se sont déroulées à différentes époques, sur une échelle de temps qui défie l’entendement. Certaines d’entre elles sont quelconques et ne méritent pas que l’on s’y attarde. D’autres, en revanche, sont merveilleuses, drôles ou tragiques, voire les trois. Il serait trop fastidieux de les révéler toutes ici et maintenant. Peut-être aurez-vous l’occasion de revenir plus tard, auquel cas en explorerons-nous de nouvelles.

    Mais commençons, je vous devine impatient. Votre temps est compté, je le sais, et je m’en voudrais de vous soustraire plus que de raison à vos obligations. Bien. Si vous êtes prêt et confortablement installé, nous allons débuter par... attendez... voilà, prenons cet engin, par exemple, le voyez-vous ? En haut du tableau, juste au-dessus de la pointe de voûte la plus à droite. On ne le distingue pas très bien, mais, je vous le dis, il s’agit d’une capsule spatiale, échouée sur la mer gelée de Desténil. Son histoire, celle de sa passagère, surtout, pourrait commencer ainsi : « Largage. Chute. Complications. Quelques minutes seulement après s’être harnachée dans le module qui devait l’amener sur le site archéologique de Cruvire, Sonja Dermille comprit que son évaluation s’avérait compromise avant même d’avoir débuté. Alors qu’on lui avait assuré que tout se passerait à merveille – météo OK, Zone d’atterrissage OK, équipement OK, équipe au sol OK – et que tous les voyants étaient au vert, les éléments se chargèrent de lui prouver le contraire. »

    Vous dites ? La mer a-t-elle toujours été gelée ? Oh, non, non, bien sûr. Cependant, votre question est intéressante, car, voyez-vous, cela me fait penser que, des siècles plus tôt, un navire marchand, le Misiroth, avait déjà sombré ici, exactement au même endroit. Sa coque avait rompu sous les assauts répétés de vents déchaînés et de vagues assassines, bien plus hautes que les falaises des côtes de Ma'hatep. À son bord, pas moins de vingt matelots et soixante-dix rameurs. Seul l’un d’entre eux a survécu. Aujourd’hui, il ne reste rien de ce drame, rien si ce n’est, peut-être, un souvenir enfermé dans un Disque-mémoire accroché au poitrail d’une sculpture prise dans la glace. Mais pardon, je vais trop vite. Il y a tant de choses à dire, tant de pistes à emprunter pour évoquer les Forcides. Si d’aventure vous souhaitiez vous représenter ces êtres amphibiens exceptionnels, fiez-vous à ces statues aux crânes oblongs et chauves reproduites sur le tableau. Ramenez-les à une taille proche de la vôtre, ami humain, et l’image que vous en aurez se précisera sensiblement. Et ne cherchez pas de branchies sur leur tempe ou sur leur visage, celles-ci recouvraient leur dos de longues entailles en forme d’étoile. Une douzaine de pédoncules cérébraux d’une trentaine de centimètres s’en échappaient quand les Forcides communiquaient entre eux sous l’eau. Les extrémités de ces tiges nervurées faisaient penser à des pétales de tulipes refermées. À l’intérieur de chacun d’entre eux, trois pistils biseautés, aussi tranchants que des lames de rasoir, leur permettaient d’inscrire ou de décrypter des messages sur les coraux, les coquillages et autres rochers maritimes. Singularité génétique extraordinaire, chaque Forcide possédait la faculté d’autoriser ou de restreindre la lecture de ses propres écrits à qui bon lui semblait.  
    Mais je digresse et vous ne me rappelez pas à l’ordre ! Alors, oublions le vaisseau, oublions le navire, et allons à l’essentiel ! Car au fond, si je ne devais raconter qu’une histoire, ce serait celle de Vygoran l’Éclaireur, adolescent intrépide dont la curiosité et l’audace ont permis aux siens de se défaire du joug de sombres fanatiques.

    Rien ne prédisposait Vygoran à un destin glorieux. Chétif, de nature discrète et timide, le Forcide avait suivi la voie que ses parents avaient tracée pour lui, celle de l’apprentissage. À l’âge de douze marées – l’équivalent de vos neuf ans environ –, Vygoran  devint novice auprès des Prêtres du Principe. Il quitta son foyer sur les plaines pour intégrer sa nouvelle école, dans les fonds marins de la mer de Desténil. Les difficultés qu’il rencontra à nouer des liens avec les autres élèves, il les mit au profit de son instruction. Sa prodigieuse mémoire se coupla à une soif de connaissances intarissable. L’adolescent vouait une fascination particulière pour l’histoire de son peuple. Avant son noviciat, déjà, lors des longues veillées célébrant les nouvelles marées, Vygoran prisait les récits du Sagemage, en priorité ceux retraçant les hauts faits des héros Forcides. Sa naïveté n’avait alors d’égale que sa détermination à devenir à son tour, un jour, le porteur de semblables exploits. Grisé par ces histoires, il rejouait les périls, s’inventait des ennemis imaginaires qu’il combattait sur terre aussi bien que sur mer, dans une succession de mouvements bouillonnants de conviction. Devant ces excès subits de volubilité, à la fois comiques et touchants, ses parents et ses proches se moquaient du petit Forcide, d’ordinaire si discret. 
    Durant les quelques années de son noviciat, un noviciat avorté, Vygoran fut donc un élève studieux et appliqué, heureux de son sort. Il n’en voulut pas à ses parents de l’avoir poussé sur la voie de la Prêtrise. Si l’histoire fit qu’il ne prêta pas serment, jamais il ne nourrit de regrets pour autant, en aucune circonstance. Les tortueux chemins que prit son existence, il les accepta tous, sans exception, et ne remit pas en cause les choix qui guidèrent ses échecs et ses succès. Parmi eux, il en est un dont les Forcides lui furent reconnaissants par-dessus tout et, même s’il puise ses racines dans le hasard et la transgression, il n’en demeure pas moins extraordinaire.

    Entre ses leçons, dont il avait déjà conscience qu’elles s’émancipaient de tout regard critique, et les longues séances de méditation imposées par les religieux, le jeune homme avait obtenu de consulter les Disques-mémoire de la bibliothèque du sanctuaire. Pas les textes fondateurs, bien entendu, ceux-ci reposaient sur les statues des Braves, dans la nef des exploits et seuls les Hauts Prêtres du Principe étaient en mesure de les parcourir. Il aurait toujours dû en être ainsi, d’ailleurs, mais...

    Vous voyez où je veux en venir, bien sûr. Mais il y eut un grain de sable, et ce grain de sable, ce fut Vygoran. Les choses se firent naturellement, sans aucun calcul de sa part. La faute, ou le bénéfice, en revient à une simple anomalie génétique.

    Un soir où il était resté plus tard que prévu dans la bibliothèque du sanctuaire, un prêtre l’interpella, et l’intima à regagner le bassin extérieur au plus vite. L’adolescent lâcha alors le disque de nacre et nagea vers la surface sans protester tandis que ses pédoncules se rétractaient en s’emmêlant. L’homme de Principe ramassa l’objet tombé à terre en se faisant la réflexion qu’en son temps, les novices étaient bien plus respectueux des outils du savoir. Au moment de ranger le coquillage à sa place, il suspendit son geste, pris d’un doute. Il le parcourut à son tour pour vérifier si Vygoran avait pu y avoir accès malgré les verrous apposés à l’ouvrage. Ses soupçons confirmés, il préféra néanmoins s’assurer ne pas s’être trompé avant d’en référer à ses supérieurs. C’était tellement incroyable ! Comment le jeune Forcide avait-il pu réaliser pareille prouesse ? Avait-il eu accès à d’autres textes sacrés ? À d’autres secrets Principaux ?

    Dès le lendemain, à la lueur du petit matin, Vygoran, ainsi que ses parents furent convoqués par les trois Hauts Prêtres du Principe. L’entretien se déroula rapidement dans une salle annexe de la chapelle des Oubliés, à l’abri des regards. La pièce ne servait qu’en de rares occasions, pour des entrevues telles que celle-ci. Tous les protagonistes flottaient dans l’eau en silence. Les regards des adultes étaient durs et froids. Vygoran, lui, affichait un air surpris et contrit à la fois. Il avait été percé à jour. Il avait pêché par excès d’imprudence. La honte allait s’abattre sur sa famille par sa faute et sans doute devraient-ils s’exiler, refaire leurs preuves ailleurs, par exigence du Principe. L’entretien fut d’une rapidité confondante. Les pédoncules s’arrimèrent les uns aux autres et s’agitèrent un instant, en proie à une intense frénésie. Puis, très vite, ils se désolidarisèrent et se rétractèrent en sinuant, tels de dociles serpents des mers. La sentence était tombée, cruelle, injuste, disproportionnée, mais personne ne se risqua à la remettre en question. Personne sauf Vygoran. L’adolescent était définitivement exclu du monastère et devait retourner sur la terre ferme à jamais. Une sanction assujettie à l’interdiction absolue de sonder les mers de ce monde à nouveau. S’il contrevenait à cette décision, le jeune homme encourrait une peine bien plus grave. Pour et par le Principe.

    La nuit suivante, Vygoran s’échappa de la masure de ses parents. Incapables de dormir, peut-être l’ont-ils entendu se faufiler au-dehors. Peut-être même ont-ils souhaité un instant qu’il parte à jamais ? Telle était son intention, en effet. Il ne souhaitait pas être un fardeau pour sa famille, mais avant de s’enfuir, il désirait accomplir une dernière action, non pas par vengeance, mais pour rester en accord avec ce qu’il avait toujours été, un garçon passionné et curieux. Il ne ferait de mal à personne, il assouvirait seulement son besoin de savoir, confronterait les doutes qui s’étaient agrégés dans son esprit depuis le début de son noviciat avec la réalité. Quel que soit le résultat, il s’en accommoderait. Mais il saurait.

    Les deux lunes étaient pleines ce soir-là. Debout au bord de la falaise, il contempla leur reflet s’étirer sur la mer de Desténil, plutôt calme malgré un vent continu. C’était sans doute la dernière fois qu’il aurait l’occasion d’assister à pareil spectacle, mais cela ne l’attrista nullement. Il se sentait bien, pénétré d’une sereine assurance, celle de n’avoir jamais transigé avec ses convictions, ni même abusé de son don. Il aurait pu, pourtant, à bien des reprises. Mais briller pour briller ne l’avait jamais intéressé. S’il devait s’élever, comme il l’avait imaginé enfant, c’était pour les autres, en faveur des autres, jamais à leur détriment. Telle était sa vision du Principe, plus juste que celle assénée par les Hauts Prêtres.

    Fort de cette certitude, Vygoran observa le ressac en contrebas. L’écume des vagues lui fit penser aux volutes de fumée qu’il avait vues sur le tableau d’un peintre des temps révolus, un anonyme dont il enviait le talent. Cette image en tête, il prit une longue inspiration. Ses épaules se soulevèrent tandis qu’il se hissait sur la pointe des pieds. L’impulsion fut gracieuse et tonique, le plongeon irréprochable. Après une entrée dans l’eau sans remous ou presque, Vygoran se stabilisa et s’autorisa un nouveau moment de contemplation. En plein jour, le récif de corail qui s’étendait en dessous de lui illuminait le fond marin de couleurs vives et chatoyantes, les bancs de djarpes virevoltaient en tous sens, d’un côté puis d’un autre, sans but apparent, comme le font parfois les qasutes et leurs larges ailes transparentes quand surviennent les changements de marées ou de saisons. Mais en pleine nuit, traversée par les rayons épars des deux lunes, la mer paraissait étrangement silencieuse et éteinte. Les tons chauds s’étaient évaporés pour laisser la place à des dégradés de verts et de bleus, fluctuant sous les assauts intempestifs d’un noir profond, incapable de s’imposer tout à fait. Vygoran tourna plusieurs fois sur lui-même, lentement, profitant de la sensation d’apesanteur. Enfin, résolu à passer à l’action, il replia subitement ses jambes en arrière, les tendit à nouveau d’un mouvement vif et, comme s’il s’appuyait sur un mur, se propulsa en avant, droit vers le Palais Principal. Cette nuit, il allait donc commettre un crime horrible, impardonnable, le pire d’entre tous. Étrangement, il n’éprouvait aucune crainte. Aujourd’hui, la peur avait changé de camp. Les Hauts Prêtres ne l’auraient pas écarté de la sorte s’ils n’avaient pas redouté son pouvoir, ce puissant pouvoir dont il avait essayé tant bien que mal de camoufler l’étendue. S’ils en avaient aussi peur, la raison n’en était pas moins limpide : ils cachaient quelque chose. Un secret dont ils préservaient jalousement l’accès depuis plusieurs générations, sans qu’il ne soit jamais remis en cause. Et lui, Vygoran, celui que l’on surnommerait donc plus tard Vygoran l’éclaireur, lui, s’il n’en connaissait pas la nature, savait où le trouver : dans les Disques-mémoire du Palais Principal, sur les statues des Braves.

*

    Il progressait si vite que les mivères aux triples nageoires hachurées et autres animaux marins s’écartaient sur son passage. Une fois franchi le plateau continental, il sombra plus profondément encore, dépassa le glacis et la plaine abyssale avant d’atteindre enfin la Grande Fosse, croisant alors poulombres, florèches, argousses et ficines translucides, si lents par rapport à lui malgré leurs souples hélices épineuses ponctuées d’yeux opaques. Contractant ses pupilles, Vygoran passa en vision scotopique pour pallier le manque de luminosité. Cela lui suffit pour apercevoir le frontispice du Palais Principal se découper sur la paroi rocheuse en face de lui. Il s’approcha de quelques mètres, prudemment, puis s’immobilisa. Il était si insignifiant face à ce monument colossal. Vygoran se faisait l’effet d’une larve baignant aux côtés d’un dedjem des mers chaudes, ces géants légendaires capables d’inverser, disait-on, le sens des courants marins.

    Aux aguets, le jeune amphibien eut l’impression d’être observé. S’étaient-ils doutés qu’il viendrait ? L’attendaient-ils pour écarter définitivement le danger qu’il représentait ? Ou bien étaient-ils trop confiants dans la crainte qu’ils lui inspiraient encore ?

    Ces questions n’avaient pas lieu d’être. Il était là, maintenant, incapable de reculer. Rien ni personne ne pourrait l’empêcher de pénétrer dans le Palais Principal à cette heure tardive. Son pouvoir y veillerait.

    Sans qu’il sache ni comment, ni pourquoi, les pistils de Vygoran lui ouvraient toutes les portes, débloquaient tous les verrous, quels que soient leur nature. Il pouvait franchir n’importe quel passage dont on avait restreint l’accès, mais aussi déchiffrer les trames de n’importe quelle nacre, parcourir le contenu de n’importe quel Disque-mémoire. Il en avait toujours été ainsi, et s’il n’en avait parlé à quiconque auparavant, c’était uniquement parce qu’il redoutait d’être rejeté plus qu’il ne l’était déjà. Il ne voulait pas attirer l’attention sur lui, encore moins devenir une bête de foire.

    Déjouer les codes des petites portes de pierre barrant les entrées latérales du Palais ne lui posa aucun problème. Cela lui sembla même trop facile. Son cœur cognait très fort contre sa poitrine tandis qu’il parcourait la nef centrale, sous le regard des statues représentant les Braves, disposées le long des arcades. Le centre de leur Disque-mémoire émettait une lueur rouge intermittente qui nimbait le lieu d’une aura inquiétante. Ils battaient à l’unisson, comme un signal d’alarme. Vygoran, lui, y percevait l’expression d’un reproche. Qui était-il pour oser profaner ainsi ce lieu sacré, percer le secret de ses ancêtres ? Pour autant, le jeune amphibien ne chercha pas la réponse à ces questions, elles n’étaient que les résidus d’un conditionnement pernicieux et retors, imperméables à sa volonté.

    Une fois Vygoran parvenu au niveau de la première statue, celle du Brave Tuslan, ses pédoncules surgirent de son dos, fourmillèrent tout en donnant l’impression qu’elles se répartissaient un rôle avant de se déployer enfin jusqu’aux orifices de lecture et de s’y connecter. Aussitôt, la perle à l’intérieur gagna en intensité, et la pulsation de sa lueur se fit plus saccadée aussi. Vygoran ferma les yeux, pénétré par la solennité de l’instant. Malgré le poids qui s’était écrasé sur ses épaules à peine franchie l’enceinte du palais, il était prêt, prêt à explorer les racines du Principe, à s’abreuver de son essence.

    Jambes tendues, bras écartés, paumes ouvertes, il flottait, comme en transe. Son corps apparaissait et disparaissait sous les flashs lumineux des Disques-mémoire. Mais au bout de quelques secondes seulement, l’expression de son visage s’auréola de perplexité. Il rouvrit les yeux et ses trois pupilles dilatées pulsèrent d’un éclat ardent tandis que sa poitrine se baissait et se soulevait sous le coup d’une émotion intense, entre stupéfaction et colère. Répondant à une injonction instinctive, les pédoncules s’arrachèrent au Disque-mémoire et s’accrochèrent immédiatement à celui de la statue suivante, attirant le corps du jeune Forcide dans leur sillage. L’opération se renouvela encore et encore jusqu’à tous les avoir parcourus. Ils étaient tous vides.

*

    Sans doute allez-vous me demander la suite. Tout le monde me demande la suite. À vrai dire, il en existe plusieurs. Mais comment savoir ? Comment réellement savoir ? Tellement de temps s’est écoulé depuis… Regardez où se trouvent les ruines du Palais Principal sur le tableau : non loin de la surface ; dans mon récit, il se situait à des profondeurs insoupçonnées que seul un Forcide aurait pu franchir. Et dans l’intervalle, l’ère glaciaire s’est imposée sur Cruvire… Alors forcément, quel crédit apporter à tout ceci, n’est-ce pas ? J’en conviens, et, pour tout vous dire, même les historiens sont divisés sur la question.

    Certains affirment qu’une fois découverts les pouvoirs de Vygoran, jamais les Hauts Prêtres ne l’auraient laissé libre. Il représentait un trop grand danger, aussi l’auraient-ils supprimé ou bien enfermé pour tirer profit de ses facultés. Ils auraient très bien pu faire de lui un espion redoutable, même si cela supposait de le gagner à leur cause. Or, dans tous les cas, connaissant ses pouvoirs, jamais ils ne lui auraient permis d’accéder si facilement au Palais Principal, encore moins aux Disques-mémoire. La théorie se défend, mais… je n’y crois pas.

    Je crois davantage à une autre hypothèse avancée par des historiens tout aussi éclairés, à savoir que Vygoran est parvenu à prouver la trahison des Hauts Prêtres. Certes, cela ne se serait pas fait sans difficulté, et certainement pas en un jour. Après sa découverte de l’absence de Principe, le Forcide se serait enfui pour sillonner les mers et raconter son récit à qui voulait bien l’entendre. À ceux qui doutaient de lui, il aurait fait la démonstration de son pouvoir, déjouant les protections de nacres auxquelles il n’était pas censé avoir accès. Alors le soulèvement aurait succédé à l’incertitude et au trouble, au détriment d’un Principe de toute manière illusoire.

    On raconte aussi, et je terminerai là-dessus, que Vygoran, à la veille de sa mort, aurait gravé son propre témoignage sur un Disque-mémoire. On dit que cet objet aurait traversé bien des marées depuis. Il s’agit du coquillage, là, devant vous. Seulement, jusqu’à présent, personne n’est parvenu à le lire...

 

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